LTN ÉDITIONS – Centre LET. 250 – 44, rue Monge 75005 Paris

N°14 : À propos d’une nouvelle édition d’Hermès trahi, par Patrick Geay

     M. Jean Adler est un lecteur incomparable.

     Aucun détail n’échappe à sa vigilance. Quel bonheur de l’avoir pour critique ; quel avantage, pour tout rédacteur, d’être à même de lui soumettre des textes avant leur parution ; quelle bénédiction pour La Règle d’Abraham d’avoir pu s’attacher un collaborateur capable, mieux que tout autre, de « raisonner convenablement » et qui n’est certes jamais « à court d’arguments doctrinaux » ! Comment expliquer que M. Patrick Geay, fondateur et Directeur de la Rédaction de cette revue, n’ait pas eu recours à ses services pour la réédition de son ouvrage ?

     Rappelons que ce texte fut à l’origine sa thèse de doctorat, intitulée : La Raison Hermétique ou L’interprétation guénonienne du rejet du monde métaphysique et ses conséquences sur la compréhension de l’Imaginal, soutenue en 1994 à l’Université de Bourgogne. Par la suite il fut publié aux Éditions Dervy sous le titre : Hermès trahi, avec ce sous-titre : Impostures philosophiques et néo-spiritualisme d’après l’œuvre de René Guénon. C’était en 1996, l’année même où fut fondée La Règle d’Abraham. Une seconde édition a paru en 2010 chez l’Harmattan avec une préface de M. Bruno Pinchard intitulée : Patrick Geay ou la rectification lumineuse.

     La nouvelle édition d’un ouvrage est habituellement l’occasion de procéder à un toilettage du texte. Paradoxalement, l’auteur de ladite rectification semble penser que les erreurs qu’il commet lui-même sont dignes d’être gravées dans le marbre car on les retrouve, inchangées, dans les trois versions existantes. Dûment consulté, M. Adler n’aurait sans doute pas manqué de faire les observations suivantes :

     1°/ Le verbe « débuter » étant intransitif, la phrase : « l’entreprise de Nemrod… débute le Kali-Yuga » qui figure à la page 177 (note 86) est incorrecte.

     2°/ Au chapitre 12 (p.226), la citation tirée de René Guénon et l’avènement du troisième Sceau est inexacte. Dans la phrase : « (pour le saint) l’apparence n’est pas trompeuse : elle est la manifestation directe de ce qui apparaît » le « ce » doit être écrit avec une majuscule, seule à même d’en préserver le sens.

     3°/ À la page 229, M. Geay nous attribue une affirmation erronée en écrivant qu’au moment de la descente de la Jérusalem Céleste l’immanence divine se manifestera « dans le cœur des croyants, futur siège de la Sakîna ». Il se réfère à notre ouvrage sur le Pèlerinage (cf. p. 315, n. 9) où il n’est nullement question de cet événement apocalyptique, mais bien d’un changement inhérent à la constitution de la forme islamique. Le caractère tendancieux de cette interprétation aurait amené M. Adler à conclure que M. Geay « ne sait pas lire » mieux que nous. Comme elle va dans le sens de la contre-doctrine mise en place avec l’aide de M. Giraud (cf. le premier cahier de Science sacrée) son maintien dans la nouvelle édition d’Hermès trahi met en lumière la connivence entre ces deux auteurs.

     4°/ La suppression du terme « capital » dans la phrase : « Ce point a été développé par Ch.-A. Gilis dans son ouvrage capital sur le Pèlerinage » (cf. La Raison Hermétique, p. 283) fait apparaître l’inconstance (et l’inconsistance) des jugements de l’auteur qui varient au gré de ses humeurs et des exigences de son opportunisme. Elle annonce la volonté, chez beaucoup, d’ignorer systématiquement nos écrits, ce qui ne nous gêne personnellement en rien. Néanmoins, elle favorise une présentation faussée de la doctrine akbarienne que certains utilisent aujourd’hui dans une perspective « antéchristique », ce que nous nous proposons de montrer de manière détaillée dans une prochaine étude.

     Ce sont là des erreurs qui nous concernent directement. Nous laissons à d’autres le soin de relever celles qui se rapportent aux parties proprement philosophiques de l’ouvrage. Cela dit, ce qui nous a le plus choqué dans cette réédition est l’incohérence du discours tenu qui néglige les changements considérables intervenus depuis quinze ans dans le domaine des publications traditionnelles et que M. Geay a contribué plus que tout autre à opérer. Comment peut-il encore parler aujourd’hui, comme si de rien n’était, de notre « remarquable ouvrage L’Esprit universel de l’Islam » (p. 51), d’une « remarque essentielle pour notre sujet » (p. 205, à propos d’Idris/Hénoch, ce qui est un comble !), de notre « précieux commentaire du chapitre 198 des Futûhât » (p. 210) et enfin nous remercier pour les précisions que nous aurions « bien voulu lui donner » dans notre correspondance avec lui (p. 217).

     Tout cela est fort aimable, mais pour le moins incongru de la part de quelqu’un qui a laissé imprimer dans sa revue des textes où il est dit que nous ne maîtrisons pas notre « faculté fantasmagorique », que nous sommes « imbus de nous-même », que nous avons une « mentalité partisane », le tout « apparaissant comme une véritable imposture » et où l’on se propose, par ailleurs, de « dénoncer les divers procédés utilisés par M. Gilis dans ses ouvrages et ses nombreux articles » ainsi que « notre attitude sectaire si étrangère à l’esprit de Guénon et à celui de Vâlsan ».

     De qui M. Geay se moque-t-il ? Des lecteurs de son livre ou de ceux de sa revue ?

     Quoi qu’il en soit, une interrogation demeure. M. Geay continue à se référer à nos ouvrages sur le Califat où nous avons abordé, en relation avec sayyidnâ Idris, la question de l’abrogation des lois antérieures. D’autre part, la publication de son ouvrage a coïncidé avec la parution du premier numéro de La Règle d’Abraham où nous évoquions, pour la première fois, la doctrine akbarienne du liwâ al-hamd (l’Étendard de la Louange) sans que son Rédacteur en Chef y trouve rien à redire. Dans ces conditions, compte tenu des attitudes qui furent ensuite les siennes et des initiatives diverses qu’il a cru pouvoir prendre, on peut se demander si ce n’est pas lui-même, finalement, qui aurait « trahi Hermès »?

A. R. Y.