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N°7 : Max Giraud : affaire à suivre

     Que les lecteurs de M. Max Giraud se rassurent. Après le naufrage de Science sacrée, le collaborateur-en-chef de la défunte revue a refait surface grâce à la bouée « fraternelle » (mais oui !) que lui a lancée M. Patrick Geay. En tête du numéro 24 de La Règle d’Abraham figure un long texte giraldien, bizarrement intitulé : Rencontre avec al-Khidr. Il eut sûrement été préférable de mettre ce titre entre guillemets, car il s’agit en fait d’un compte rendu visant à « restituer le maximum de renseignements contenus » dans un livre de M. Patrick Franke : Begegnung mit Khidr. L’absence de guillemets peut laisser croire que c’est M. Giraud lui-même qui a rencontré ce mystérieux personnage, ce qui est quelque peu abusif.

     La présentation qui en est faite ne manque pas d’intérêt, en dépit de son style un peu scolaire. Dans la partie D, on apprend que Khidr « prit part à plusieurs reprises à la construction de Sainte Sophie afin de réaliser un projet dont le plan était inscrit dans la Table du Destin » (1) ; et dans la Partie B (p.24) que « À un Soufi (?) persan, (Khidr) apprend qu’il était présent à l’expédition de Tabûk », ce qui est également très remarquable, car cette expédition qui eut lieu après, et non avant la conquête de La Mekke faillit mal tourner pour les musulmans. Il s’agit donc, en cette circonstance, d’une aide apportée à la religion et à la communauté islamiques au sens strict, ce qui témoigne d’une « islamisation » de la fonction d’al-Khidr qu’à notre avis M. Giraud ne met pas suffisamment en lumière.

     D’une façon plus générale, on peut se demander s’il a bien mesuré toutes les conséquences de sa contribution à La Règle d’Abraham. Une revue dirigée par un fils de Michel Vâlsan, ce n’est tout de même pas la même chose qu’une revue dirigée par le fils d’un bijoutier (même s’il va de soi que cette profession est parfaitement honorable). M. Giraud a singulièrement manqué de prudence en revenant sur la question des quatre prophètes qui n’ont pas été touchés par la mort corporelle ; il écrit (p.26) : « Selon une conception répandue en Islam, il y a, avec Khidr, trois Prophètes, Idrîs (Hénoch), Ilyâs (Elie) et ‘Isâ (Jésus) qui demeurent vivants jusqu’à la fin des temps » ; et plus loin (p.34) : « De certains textes d’Ibn Arabî, il ressort qu’Idrîs est le Pôle qui, au ciel du soleil, occupe la position centrale parmi les sept planètes, ‘Isâ et Ilyâs sont les deux Imâms et Khidr le quatrième Pilier ». Les lecteurs de La Règle d’Abraham se rappelleront peut-être qu’il y a sept ans, dans la même revue (cf. le numéro daté de Décembre 2001, p. 48-50) et sur le même sujet, M. Cyrille Gayat nous avait critiqué en faisant référence à la fois à la page 120 du Sceau des Saints de M. Chodkiewicz et à l’autorité de Michel Vâlsan : « contrairement à ce que M. Gilis a avancé bien imprudemment, nous pouvons affirmer que Michel Vâlsan a traité en détail cette question doctrinale dans la partie inédite de son étude sur « Les derniers hauts grades » ». Comme cette partie inédite est la propriété des héritiers légaux de notre regretté maître, c’était forcément M. Muhammad Vâlsan qui était publiquement mis en cause par ce singulier procédé. Ce qui est plus étrange encore, c’est que ce dernier a abordé la même question dans Science sacrée à plusieurs reprises (cf. le numéro spécial sur René Guenon, p.28-29 et le Nos 5-6, p. 170) sans faire la moindre allusion à cette « partie inédite » ; et voici qu’à présent M. Giraud revient sur le même sujet dans la revue même où le texte de M. Gayat a été publié et qu’il ne fait, lui aussi, aucune référence à ce texte inédit !

     Que signifient ces incohérences ? Cette « partie inédite » ne présenterait-elle donc d’autre intérêt que celui de pouvoir éventuellement être utilisé contre nous ? Si, à la seule exception de M. Gayat, elle n’est jamais mentionnée par personne, pas même par celui qui est censé la détenir, pourrait-on aller jusqu’à douter de son existence ? Quoi qu’il en soit, il doit être bien entendu que si nous n’avons pas jusqu’ici répondu à sa critique, cela ne veut pas dire que nous n’avons pas l’intention de le faire un jour. En outre, nous avons de bonnes raisons de penser que, même si cette question a été « traité en détail » par Michel Vâlsan, cela ne signifie nullement « traité de manière complète ». Nous estimons que M. Giraud a été fort mal inspiré de revenir sur cette question et nous ne serions pas surpris d’apprendre que cet avis est partagé par d’autres… Affaire à suivre !


1. Ce monument admirable est effectivement le support d’une influence spirituelle qui a subsisté jusqu’à nos jours.

A. R. Y.